Tuesday, June 30, 2015

Copie conforme: profondeur plat-parlante du reflet



"La réalité de l'image est l'accès au réel même: à celui qui a la consistance et la résistance, par exemple de la mort, ou par exemple de la vie."
Jean-Luc Nancy

"... il n'existe pas même un seul monde, car il n'existe... que le dehors, le ruissellement du dehors éternel."
Maurice Blanchot

"... the salvation of appearence [Schein], the object of aesthetics, has its incomparable metaphysical relevance..."
"In appearence [Schein] is the promise of what does not appear..."
Theodor Adorno

"Exécuter un tableau sur verre tel qu'il n'ait ni face, ni revers, ni haut, ni bas."
"Et d'ailleurs... c'est toujours les autres qui meurent"
Marcel Duchamp





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***See also:
- L'articulation;
- Écriture/Violence;
- ... Communauté Élective;

And also:
- Parler est une chose grave... parler c'est la légèreté même;

Sunday, June 07, 2015

"... Communauté Élective" or le coeur n'est pas le même — syncope


Psyche est étendue, partes extra partes... dispersion de 
places indéfiniment morcelées en lieux qui se divisent...
tout est au dehors d'un autre dehors...
Jean-Luc Nancy, Primière Livraison

Corps est la certitude sidérée...
Jean-Luc Nancy, Corpus

Psyche corporelle mais intouchable... étendue intouchable
et d'abord intangible... Penser le toucher en touchant à
l'intouchable... l'injonction absolue... l'impossible... Et
si, loin de s'opposer à Kant, Freud voulait seulement
interpréter et raffiner le modèle kantien?
Jacques Derrida, Le toucher

Une certaine vérité de l'expérience féminine qui touche
la jouissance de la douleur côtoie chez Duras la
mythification du féminin inaccessible.
Julia Kristeva, Soleil noir

... l'infiltration de l'absence fatale qui avait réussi
à rompre tous les barrages...
Maurice Blanchot, Thomas l'Obscur

Todo cariño es un zarpazo ontológico...
Cortázar, Rauyela



In this text, Blanchot wrote not only about Georges Bataille, but also about Kierkegaard (le saut mortel), and there were many references to Plato's Phaedrus. From it we learn that la déconstruction a toujours été "la responsabilité ou obligation envers Autrui" ET la quête de "la spiritualité la plus haute" (La Communauté Inavouable, 1983, p. 73-75).**

Another book (this is a series, certaines histoires, anecdotes)*** was written recently, in which the following is said: "... une théologie négative de la jouissance... C'est le point sur lequel je dois le plus nettement me séparer de Blanchot — ce qui n'entraîne pas plus de dissension qu'il n'a été question d'assentiment: nous ne disputons pas pour avoir raison, nous décidons chacun d'approcher ce qui est sans raison et chacun le fait selon ce qui le porte ou l'entraîne (La Communauté Désavouée, 2014, p. 147). Unfairly, we once feared that the separation in question would entail abandoning la quête de la spiritualité la plus haute. We were unable even to imagine a kind of positive theology de la jouissance (unnamed). 

But either in case theology disappears or becomes only positive, we feel the need to underline that indeed "la scène sexuelle tant imaginée par Duras que remise en perspective par Blanchot est une scène d'avance soumise aux conditions du mythe" (La Communauté Désavouée, p. 148). And it seems that it is not only the case that "it is," it has to be une scène d'avance soumise aux conditions du mythe.**** This is why we felt compelled (always to a certain extent, sans manque de tact, le poids, voeu d'abstinence, féminité du tendre, epiphanie, vertige solitaire, infondable y quiças au-delà de l'être, glissement, télé-vision) to answer affirmatively (against Nancy) to Nancy's other questions: OUI, "le regard est-il condamné à être voyeur (ou aveugle) et le mouvement à rester pour finir pris en lui-même," parce que, OUI, "l'amour empêché reste devant [mais ouvert!], le mouvement d'aimer se porte en avant" (La Communauté Désavouée, p. 150). Faux pas de jouissance, peut-être positif, théologique et aristocratique. (Et Sade!) Faut-il changer de coeur (Jacques Derrida, Le toucher, p. 72)? Misericórdia. Certainement, mais juste c'est ça, (à la foi-s et) jamais le même! Incorrigible. Corps étranger. Et revenant spectral. Phantasma. Effets de projection! — hoc est enim corpus meum.*****

Two important passages of Nancy's book should be highlighted: 

"[Dans le livre de Blanchot], il s'agit, à n'en pas douter, d'une autre politique, non pas antidémocratique sans doute, mais trouvant par-delà la démocratie le principe d'un rapport hiérarchique  au sens le plus propre — à un dépassement ou à un fondement infini dans 'le pouvoir indéfinissable du féminin'..." (La Communauté Désavouée, p. 155).******

"Mais l'infini — et c'est qui m'éloigne de Blanchot — ne consiste pas simplement dans la fuite et dans l'évanouissement: il est cela de manière beaucoup plus présente et actuelle, il est dans l'effectivité d'un rapport, d'une proximité, d'un contact" (La Communauté Désavouée, p. 164). This is fair enough. Patientons (rien à voir, l'intrusion sans âge, toucher à la limite, en passant, se passant, désadhérance, différance)Still, we should say that we ourselves feel more like doing a faux pas de jouissance, théologique if positif, et peut-être aristocratique (exaspération, acharnement, éclatement).

Aftertought:

When Agamben reads Benjamin's messianism and the concept of "universal language" as representing "la definitiva cancellazione e risoluzione nel linguaggio umano, il nome di Dio definitivamente e assolutamente proferito in parole" ("Categorie linguistiche e categorie storiche nel pensiero di Benjamin,La potenza del pensiero, p. 49)isn't he very distant from deconstruction? Unless he cancels out what we are here calling la quête de la spiritualité la plus haute with another kind of "positive theology." And on the one hand, the "end" of deconstruction (its secret) is this"la belle tentation," as Derrida calls it, in Politiques de l’Amitié. But, on the other hand, Derrida also warns: "... il est impossible de ne pas aspirer à cette hantise sans laquelle aucune « bonne » décision jamais n'accéderait à la responsabilité, sans laquelle rien jamais, aucun événement n'arriverait." And in another chapter: "Derrière le jeu logique de la contradiction ou du paradoxe, peut-être le « O mes amis, il n'y a nul amy » signifie-t-il d'abord et finalement ce débordement du présent par l'indéniable futur antérieur qui serait le mouvement même et le temps de l'amitié. N'avoue-t-il pas un indéniable futur antérieur, l'absolu d'un passé comme d'un avenir imprésentables, c'est-à-dire de traces qu'on ne peut jamais que dénier en les convoquant au jour de la présence phénoménale?" Et plus loin: "Tous les phénomènes de l'amitié, toutes les choses et tous les êtres qu'il faut aimer relèvent de la spectralité." Is it possible for the author of Stanze to disagree? And he still says in the end of Stato di Eccezione (Homo Sacer II, 1): "Se è vero che l’articolazione fra vita e diritto, anomia e nomos prodotta dallo stato di eccezione è efficace, ma fittizia, non si può, tuttavia, trarre da ciò la conseguenza che, al di là o al di qua dei dispositivi giuridici, si dia da qualche parte un accesso immediato a ciò di cui essi rappresentano le frattura e insieme, l’impossibile composizione... Vita e diritto, anomia e nomos, auctoritas e potestas risultano dalla frattura di qualcosa a cui non abbiamo altro accesso che attraverso la finzione della loro articolazione e il paziente lavoro che, smascherando questa finzione, separa ciò che si era preteso di unire. Ma il disincanto non restituisce l’incanto al suo stato originário: secondo il principio per cui la purezza non è mai nell’origine..."

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**"Jadis les dieux, jadis Dieu nous ont aidés à ne pas appartenir à la terre où tout disparaît et, le regard fixé sur l'impérissable qui est le supraterrestre, à organiser cependant cette terre en demeure; aujourd'hui où manquent les dieux, nous nous détournons toujours plus de la présence passagère pour nous affirmer dans un univers construit à la mesure de notre savoir et libre de ce hasard qui toujours nous fait peur, parce qu'il recèle l'obscure décision. Cependant, dans cette victoire, il y a une défaite, dans cette vérité, celle des formes, des notions et des noms, il y a un mensonge et, dans cet espoir, celui qui nous confie à un au-delà d'illusion ou à un avenir sans mort ou à une logique sans hasard, il y a peut-être la trahison d'un plus profond espoir que la poèsie (l'écriture) doit nous apprendre à réaffirmer" (L'Entretien Infini, 1969, p. 46-47, italics added). In reading this passage, one should consider that L'Entretien (written before La Communauté) was perhaps Blanchot's most 'atheist' book. And that what he calls here "un plus profond espoir" is betrayed rather by 'giving up' [la quête pour] la spiritualité la plus haute than by maintaining it.
***"... n'est-ce pas beaucoup? n'est-ce pas énorme?" (Derrida, Le toucher, p. 135).
****"... on ne peut parler de tact et de contact sans contact, que là où une loi vient dicter ou prescrire, enjoindre ce qui n'est pas (naturel). Et cela se produit dans la 'nature', bien avant l'homme, toujours avant la distinction entre des étants et des vivants" (Derrida, Le toucher, p. 83); "pourra-t-on jamais dissocier le proche et le propre? le proche, le propre et le présent, la présence du présent?" (p. 112); "la loi marque ainsi le sans dans le sens ou dans l'existence... elle inscrit donc l'ininscriptible dans l'incription même, ele excrit..." (p. 335).
*****"... une déconstruction du christianisme aurait à l'infini du pain sur la planche" (Derrida, Le toucher, p. 73).  
******"Pour qu'il y ait ce coeur, ce bon coeur, il faut que la possibilité du mauvais coeur reste à jamais ouverte..." (Derrida, Le toucher, p. 319).
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Egon Schiele 
Torso (1911)
Image from Simon Wilson's Egon Schiele











***See also:
- L'articulation;
- Écriture/Violence;

And also:
- pan douron &/ou la boîte vidée dehors;
- Parler est une chose grave... parler c'est la légèreté même;

Thursday, June 04, 2015

10 little reasons why Caim was not written by Saramago



Desire is the feeling which urges us to go to something and loathing is the feeling which urges us to go from something: and that art is improper which aims at exciting these feelings in us...
James Joyce, Paris Notebook

Quant à la souffrance morale, elle est au moins aussi souvent amenée par notre faute, et de toute manière elle ne serait pas aussi aiguë si nous n'avions surexcité notre sensibilité au point de la rendre morbide.
Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion



- its supposed atheism is the most shallow: the indictment the book displays against the God of the Old Testament could be directed against any pagan god of the Iliad or of the Odyssey—all these gods and all these books are equally violent (and what about Dante, Shakespeare or Goethe?); true literature, even when it is frankly irreligious, shows rather wonder or concern about the conundrum at issue here, which besieges many different kinds of culture; in the whole book, there is perhaps only one single sentence able to keep things in perspective: "The history of men is the history of their misunderstandings with god; neither he understands us, neither we understand him" (end of chapter 6); 

- after Kierkegaard, no sensible writer would have written such a narrow paraphrase of Isaac's sacrifice; this is not a matter of erudition, but sensibility; 

- people who speak up for the book say it is humorous; true humour, however, is never resentful; the humour one finds in Caim is, besides resentful, coarse: in the last chapters, the sexual vulgarity is indeed worthy of TV sitcoms like the Brazilian Zorra Total; the problem is that the approach doesn't work well in writing; on the other hand, one wonders why in the description of Caim's orgy with Lilith's female slaves—chapter 4, which is relatively well-written—any decent writer would use so artificial terms such as "penis" and "órgão" (or for that matter, in the end of chapter 10: "e quando Caim se encontrou sobre lilith e se preparava par a penetrar..."); this seems an immaculate residue of some kind of Iberian female beatería, directed towards Mary's diametrically opposite material semblance (if not towards Mary herself);

- the mockery is flashy; this passage, for instance, is as crudely written as it is plainly anti-Semitic: "Como sempre tem sucedido, à mínima derrota os judeus perdem a vontade de lutar, e, embora na actualidade já não se usem manifestações de desânimo como as que eram praticadas no tempo de josué, quando rasgavam as roupas que tinham vestidas e se lançavam ao chão, com o rosto na terra e as cabeças cobertas de pó, a choradeira verbal é inevitável" (chapter 9);

- there are cheesy clichés which simply doesn't work: "No cimo da escada estava lilith, tão bela, tão voluptuosa como antes.." (chapter 10); Job's house referred as "casona" (chapter 11); "cadáver ainda quente de Abel" (chapter 11); moreover, the intelligent reader will stumble accross an expression like "preceitos burgueses" (applied to Lilith's habits) in the end of chapter 11—the intended sarcasm completely fails, because the expression comes too quickly and is completely out of context (even if the book as a whole narrates an ancient story with modern overtones);

- there are other small problems which seems unworthy of accomplished writers, such as ambiguity or awkwardness in the handling of pronouns: "sua própria testa" (chapter 4, p. 44 in the Companhia das Letras' edition); 

- the whole idea of "outros presentes," with which Caim is made to travel like a shuttlecock from one classical episode of the Old Testament to another (in order just to cheaply deride the moral of the stories), is amateurish sleight of hand; the only justification for this childish trick is Caim's characterization as someone errante e perdido—a "wandering soul" (but this characterization comes from the Old Testament itself, and the book as a whole doesn't take it seriously); 

- there are unjustifiable redundancies in the narrative: "Lilith tinha perguntado, Por que vieste, mas ele já havia declarado antes que não sabia como chegara ali, por isso ela modificou a interrogação, Que andaste a fazer durante todos estes anos..." (Capter 10); 

- there is at least one shameless borrowing from the Communist Gospels: "... este patrão e este empregado nem tinham chegado a conhecer-se, é o mau que tem a divisão em classes, cada um no seu lugar, se possível onde nasceu, assim não haverá nenhuma maneira de fazer amizades entre oriundos dos diversos mundos";

- why any decent writer would leave in a book a good-for-nothing character such as the old man with "duas ovelhas atadas por um baraço" with whom Caim crosses many times along the story?!