Wednesday, July 22, 2015

L'articulation (II) blanchotienne des notions de responsabilité (Lévinas), création et au-delà de l’être (Isaac Luria)—or why deconstruction is responsibility towards others and the quest for the most high**** spirituality



Anselm Kiefer's Bruch der Gefäße
(image taken from Daniel Arasse's Anselm Kiefer)

"On ne peut ni décrire Dieu ni l'unité entre deux êtres."
Peter Handke (interviewed by Hervé Guibert)
"... pour Warburg, le bon Dieu niche dans l'intervalle..."
Didi-Huberman
"Será DEUS uma coisa escondida?"
Gerald Thomas
"A desistência é uma revelação."
G. H.

"... and nothing to weep for but the Beings in the Dream, trapped in its disappearance... buying and selling pieces of phantom, worshipping each other..."
Allen Ginsberg (Kaddish)
"With clarity of rhythmic structure, grace forms a duality. Together they have a relation like that of body and soul. Clarity is cold, mathematical, inhuman, but basic and earthy. Grace is warm, incalculable, human, opposed to clarity, and like the air. Grace is not here used to mean prettiness; it is used to mean the play with and against the clarity of the rhythmic structure. The two are always present together in the best works of the time arts, endlessly, and live-givingly, opposed to each other."
John Cage (Four Statements on the Dance)
"If one is making something which is to be nothing, the one making must love and be patient with the material he chooses. Otherwise he calls attention to the material, which is precisely something, whereas it was nothing that was being made; or he calls attention to himself, whereas nothing is anonymous."
John Cage (Lecture on Nothing)
"When we remove the  world from our shoulders we notice it doesn't drop. Where is the responsibility? Responsibility is to oneself; and the highest form of it is irresponsibility to oneself which is to say the calm acceptance of whatever responsibility to others and things comes a-long."
John Cage (Lecture on Something)

"Te recoudre dans l'entité sans Dieu qui t'assimile et te produit comme si tu te produisais toi-même, et comme toi-même dans le Néant et contre Lui, à toute heure, tu te produis."
"Là où je suis moi et ce que je suis, c'est Ciguri qui me le dit et me le dicte, et toi tu mens et tu désobéis. Ce que je sens en réalité tu ne veux jamais le sentir et tu me donnes des sensations contraires. Tu ne veux rien de ce que je veux. Et ce que tu me proposes la plupart du temps c'est le Mal."
"Il y a dans tout homme un vieux reflet de Dieu où nous pouvons encore contempler l'image de cette force d'infini qui un jour nous a lancé dans une âme et cette âme dans un corps, et c'est à l'image de cette Force que le Peyotl nous a conduit parce que Ciguri nous rappelle à lui."
"Dieu disparaît tout de suite quand on y touche trop et à sa place c'est le Mauvais Esprit qui vient."
"Le Mauvais Esprit n'a jamais pu et voulu croire que Dieu ne soit pas accessiblement et exclusivement un Être, et qu'il y ait quelque chose de plus que l'Être, dans l'essence inscrutable de Dieu."
Paroles du chef indien et des prêtres initiés du Ciguri (A. Artaud, Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras)

"Pourquoi, chaque fois que, comme à cet instant, je me sentais toucher à une phase capitale de mon existence, n'y arrivais-je pas avec un être entier? Pourquoi cette terrible sensation de perte, de manque à gagner, d'événement avorté. Certes, je verrai les sorciers exécuter leur rite; mais en quoi ce rite me profiterait-il?"
A. Artaud (D'un voyage au pays des Tarahumaras)
"... et tel un boudha de sa propre contemplation, attendrait que l'ÊTRE soit assez parfait pour y descendre et s'y installer, ce qui est l'infâme calcul d'un lâche et d'un paresseux qui n'aurait pas voulu souffrir l'être, tout l'être, mais le faire souffrir par un autre pour ensuite en chasser cet autre, ce douloureux et le renvoyer dans les enfers..."
A. Artaud (Lettre à Henri Parisot)
"...  la croix est un signe abject et il faut que la matière brûle."
A. Artaud (Tutuguri)
"Ce n'est pas la croix du christ, la croix catholique, c'est la croix de l'Homme écartelé dans l'espace, l'Homme aux bras ouverts, invisible, cloué aux quatre points cardinaux... Cela veut dire: Ici léspace géométrique est vivant, il a produit ce qu'il y a de mieux... Prends conscience des forces de la vie contraire, car sans cette conscience tu es mort... c'est la mort spirituelle que les Tarahumaras redoutent... il n'y a pas de péché: le mal est la perte de conscience."
A. Artaud (Une race-principe)

"Un système ne règle pas tout. Il est une amorce à quelque chose."
Robert Bresson
"Les choses fondamentales de la vie ont leur principe en elle-même, leur être réside dans la fonction précise qu'elles remplissent en ce qu'on peut encore appeler 'Dieu'. Les évaluations humaines s'en approchent plus ou moins... la scission du violet de l'arc-en-ciel... la brèche ouverte... Tout se passe en effet comme si le cercle avait été victime d'une agression à l'emplacement du violet, le cercle alors se déchirant, s'ouvrant en deux branches pour engendrer, série de points colorés..."
Paul Klee (traduction par Pierre-Henri Gonthier)

"Oh Einsamkeit aller Schenkenden! Oh Schweigsamkeit aller Leuchtenden!"
Nietzsche
"This is what is great in Job, that the passion of freedom in him is not quelled or calmed through a false expression... a consciousness that not even God, though He gave it, can wrest from him."
The young person in Repetition (tranlsation by M. G. Piety)
"... le sentiment que j'ai de l'inconnu dont j'ai parlé est ombrageusement hostile à l'idée de perfection (la servitude même, le 'doit être')."
Georges Bataille
"I prefer to drop the metaphor of 'law' altogether, with its outmoded image of God as a kind of law-giving emperor..."
Rupert Sheldrake
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**responsabilité et au-delà de l’être:
- "La responsabilité... c’est le traumatisme de la création... si la créature est ‘celui qui doit sa situation à la faveur de l’autre’, je suis crée responsable, d’une responsabilité antérieure à ma naissance... par une faveur qui se trouve être une prédestination... non pas le manque d’être, mas le trop d’être, un surplus dont je voudrais me désinvestir..." (L’Écriture du désastre, p. 41);
- "... seul le rapport auquel m’ordonne l’autrui du visage... est au-delà de l’être..." (p. 43);
[cf. Derrida's Donner la mort: "Le concept de responsabilité est un de ces concepts étranges qui donnent à penser sans se donner à thématiser; il ne se pose ni comme un thème ni comme une thèse, il donne à voir, sans se présenter en personne dans quelque 'se donner à voir' de l'intuition phénoménologique. Ce concept paradoxal a aussi la structure d'un certain secret — et de ce qu'on nomme, dans le code de certaines cultures religieuses, le mystère... Dissymétrie dans le regard: cette disproportion qui me rapporte, dans ce qui me regarde, à un regard que je ne vois pas et qui se tient secret pour moi alors qu'il me commande, voilà le mystère terrifiant, effrayant, tremendum..."]
[cf. Derrida's Donner la mort: "Lévinas ne peut pas non plus dire simplement autre chose que Kierkegaard. Ni l'un ni l'autre ne peut s'assurer d'un concept conséquent de l'éthique et du religieux, ni surtout et par conséquent de la limite entre les deux ordres. Kierkegaard devrait admettre, comme le rappelle Lévinas, que l'éthique est aussi l'ordre et le respect de la singularité absolue, et non seulement celui de la généralité ou de la répétition du même. Il ne peut donc plus distinguer si aisément entre l'éthique et le religieux. Mais de son côté, prenant en compte la singularité absolue, c'est-à-dire l'altérité absolue dans le rapport à l'autre homme {et Derrida voudrait encore ajouter ici la femme, l'animal etc.}, Lévinas ne peut plus distinguer entre l'altérité infinie de Dieu et celle de chaque homme: son éthique est déjà religion."]

**au-delà de l’être et creation:
- "... l'art à la manière du Dieu d’Isaac Louria qui ne crée qu’en s’excluant" (L’Écriture du désastre, p. 27);
- "Dieu, en créant le monde, ne pose pas quelque chose de plus, mais d’abord quelque chose de moins... un mystérieux consentement à s’exiler du tout qu’il est..." (L’Entretien infini, p. 169) [cf. Deleuze, Le pli (p. 36):  reading of Leibniz: "Dieu crée, non pas Adam pécheur, mas le monde où Adam a péché... Dieu produit le monde 'avant' de créer les âmes, puisqu'il les crée pour ce monde qu'il met en elles. C'est même en ce sens que la loi de la série infinie, la 'loi des courbures' n'est pas dans l'âme, bien que la série le soit, bien que les courbures y soient"; cf. Sylvia Leclercq: "c'est précisément au Tout plein que quelque chose manque, c'est lui qui est une limite, puisqu'il est un non-infini, notion privative, un 'manque', si vous préférez. Tandis que dans mon point à moi, dans ce rien, l'infini habite..." (Thérèse mon amour, p. 696)];

***corollary:
- "Responsabilité ou obligation envers Autrui qui ne vient pas de la Loi mais d’où celle-ci viendrait..." (La communauté inavouable, p. 73);
- "En ce qui concerne ses rapports avec Blanchot, il nous semble que malgré les rapprochements fréquents que propose Levinas, les affinités, profondes et incontestables, appartiennent toutes au moment de la critique et de la négativité, dans ce creux de la finitude où l'eschatologie messianique vient résonner, dans cette attente de l'attente où Levinas a commencé d'entendre une réponse. Cette réponse s'appelle encore attente, bien sûr, mais cette attente ne se fait plus attendre pour Levinas. L'affinité cesse, nous semble-t-il, au moment où la positivité eschatologique vient éclairer en retour le chemin commun, lever la finitude et la négativité pure de la question, quand le neutre se détermine" (Derrida, L’Écriture et la différence, p. 152);

***warning:
- "Si haute qu'elle soit, la hauteur est toujours accessible; le très-haut, lui, est plus haut que la hauteur. Aucun accroissement de hauteur ne saurait le mesurer" (Derrida, L’Écriture et la différence, p. 139) [cf. Marges: "... la différance n'est pas. Elle n'est pas un étant-présent, si excellent, unique, principiel ou transcendant qu'on le désire. Elle ne commande rien, ne règne sur rien et n'exerce nulle part aucune autorité. Elle ne s'annonce par aucune majuscule. Non seulement il n'y a pas de royaume de la différance mais celle-ci fomente la subversion de tout royaume"; cf. Donner la mort: "Car le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à la différence du Dieu des philosophes et de l'onto-théologie, c'est un Dieu qui se rétracte"];
- On Wittgenstein and finitism &/or on the difference between the infinite and the huge:  "Wittgenstein’s famous matching of finitism and behaviourism, united by their denial of the existence of something (infinite sets and inner states, respectively), in the correct but badly executed attempt to avoid confusion (that between the infinite and a very large quantity, and that between an inner state and a private entity), shows, on this point, the agreement and, at the same time, the distance between the Austrian philosopher’s position and finitism. The denial of the existence of infinite sets is a mistaken way to draw a grammatical distinction which, though it may be opportune, should be done differently: by showing that the grammar of the word “infinite” cannot in the slightest be clarified by taking into account only the picture of something huge, a picture which usually accompanies the use of the word. As Wittgenstien affirms in one of his lectures in 1939: “If one were to justify a finitist position in mathematics, one should say just that in mathematics ‘infinite’ does not mean anything huge. To say ‘There’s nothing infinite’ is in a sense nonsensical and ridiculous. But it does make sense to say we are not talking of anything huge here”... That one must not speak of real numbers (or irrational numbers) as forming a totality is clearly spelt out by the Austrian philosopher: “It might be said: Besides the rational points there are diverse systems of irrational points to be found in the number line. There is no system of irrational numbers—but also no super-system, no ‘set of irrational numbers’ of higher-order infinity”" Pasquale Frascolla, Wittgenstein's Philosophy of Mathematics (Routledge 1994, p. 143-44);
- "... I have rigorously proved that there is absolutely no Genus supremum of the actual infinite..." Cantor's letter to Grace Chisholm Young, as quoted in Amir D. Aczel, The Mistery of the Aleph (WSP 2000, p. 188);

***on a possible specificity of the Occidental tradition in relation to these questions: 
"... la pensée européenne se relit comme l'histoire de l'édification progressive, jusqu'à son éclatement moderne, d'une autoconsistance du sujet... La pensée européenne a convergé pour dresser [la volonté] en capacité d'affrontement vis-à-vis du monde, pour l'ériger en pouvoir du sujet de s'affirmer et de (se) réaliser. C'est même par elle que nous nous rapprocherions le plus de Dieu, grâce à l'infini qu'elle découvre en nous (Descartes); elle a été pour l'homme, en somme, sa façon d'être Dieu. Puis, comme Dieu, la pensée européene l'a tuée (sa mort se constatant chez Freud, le renversement s'opérant en Nietzsche ou, plus tôt, chez Schopenhauer, la volonté s'y affirmant et s'y niant) — mais elle ne peut néanmoins s'en passer.  Or, de son côté, pas plus qu'elle n'a cherché à poser Dieu, la pensée chinoise n'a explicité la volonté, et cela se constate en morale comme en stratégie. L'opposition, pour elle, est entre ce qu'on 'fait' et ce qu'on 'peut', plutôt qu'entre ce qu'on peut et ce qu'on veut" [cf. "... il y a deux façons de comprendre le vide. Soit un vide d'inexistence, s'inscrivant dans une perspective métaphysique, celle de l'être et du non-être: tel est le vide du bouddhisme (sunya, en sanscrit; cf. kong, en chinois); soit le vide fonctionnel du Laozi (notion de xu): s'exerçant par rapport au plein et grâce auquel le plein peut remplir son plein effet. Les deux son radicalement différents, même si on a pu être tenté de les confondre et qu'ils se sont contaminés par la suite (on sait que c'est, pour une part au moins, sur ce quiproquo que, venant d'Inde, i.e. de l'indo-européen, terre de la métaphysique, le bouddhisme est entré en Chine)..."] all from François Jullien, Traité de l'efficacité (Paris: Grasset, 1996); 
"Some agreement has emerged that, prior to the compilation of the first sutras devoted to Amitabha [the Buddha of Infinite Light, important, for instance, to the tradition of the Mantra of Light as advocated and practiced by the Buddhist monk Myoe], the symbology of Amitabha is likely to have been shaped by ancient Indo-Iranian religion, in particular the Zoroastrian cult of Mithra, a deity of light closely associated with Sun worship, and eclectic cultural influences from the Kushan empire, which extended from central Asia and northern India into present-day Iran. Scriptures describing practices leading to birth in the Sukhavati (Land of Bliss) of Amitabha belong among the earliest layers of Indian Mahayana and pre-Mahayana sutra literature; the first full-fledged sutras devoted to Amitabha appeared around the beginning of the Common Era..." Mark Unno, Shingon Refractions, Myoe and the Mantra of Light (Wisdom Publications, 2004); 
"Both Myoe and Zhuangzi see a dynamic, fluid world unfolding beyond the artificial boundaries of the discursive intellect. For Zhuangzi, the goal is to blend with the impersonal flow of heaven and earth; for Myoe, the world of emptiness is a place filled with sentience, not only that of human beings and animals, but also trees, rocks, and grasses, a cosmos in need of great compassion to heal its endless suffering" Mark Unno, Shingon Refractions, Myoe and the Mantra of Light (Wisdom Publications, 2004);

See also:
- What is REAL space? What is REAL number?
- What is the meaning of sacer in Homo Sacer?
- Écriture/Violence;
- L'articulation (I) (non-origine, excès & dehors);
- Parler est une chose grave (la légèreté même);
- Copie conforme: profondeur plat-parlante du reflet;
- ... Communauté Élective;
- view from Berthe Trépat's apartment;
- Interactive while indifferent—Kinds & Phantasmagoria circa 1900

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